Les défis de l’allaitement d’un bambin

Les défis de l’allaitement d’un bambin

Les défis de l’allaitement d’un bambin
par Marie-Caroline Bergouignan

L’allaitement d’un bambin soulève toujours beaucoup de questionnements et de débats. L’allaitement peut être remis en question à cette période par la maman qui allaite ou par son entourage. C’est le moment où la question du sevrage se pose, à quel moment le faire, comment ? Pourquoi allaiter encore, pourquoi arrêter ? Cela coïncide souvent avec un retour au travail de la maman, donc comment ajuster l’allaitement à cette réalité…Bref, c’est une période chargée de questionnements, qui amènent la plupart du temps à redéfinir l’allaitement.

Avant d’aller plus loin, il est important de prendre le temps de définir le terme bambin. C’est surprenant de voir que ce mot est défini de façon très variable selon les sources. En fait, il n’y a pas de définition claire.

Selon le Petit Larousse illustré et la plupart des dictionnaires, bambin fait référence à un petit enfant. Cela ne peut être plus vague. Dans certains écrits, il est précisé qu’il s’agit d’un enfant entre 2 et 5 ans voire jusqu’à 10 ans. Pourtant, dans le langage courant, quand on parle de bambin, cela fait référence souvent à un enfant qui marche, ou autour de 9 mois et plus. Est-ce notre volonté de les voir grandir plus vite qui nous fait les nommer bambins avant l’âge ?!  La Société Canadienne de pédiatrie ainsi que Santé Canada font référence au bambin comme un enfant de 2-3 ans. Nous retiendrons donc cette définition. Cependant, la plupart des questionnements que soulève l’allaitement de bambin sont présents bien avant la période « bambin » et nous verrons alors que la définition populaire prend tout son sens.

 

Il est important également de préciser que les recommandations officielles de l’OMS sont d’allaiter exclusivement le bébé jusqu’à ses 6 mois et de poursuivre l’allaitement jusqu’à 2 ans et plus. Cette recommandation est reprise par Santé Canada et la Société Canadienne de pédiatrie.

 

Nous sommes maintenant prêt à attaquer le sujet. Nous réfléchirons à l’allaitement d’un bambin sous différents angles, celui du bébé d’abord, suivi de celui de la mère, de la famille et enfin de la société car ce sont toutes ces sphères qui sont concernées.

 

Beaucoup de questions soulevées par l’allaitement du bambin touchent l’impact qu’a l’allaitement sur le développement du bambin.

 

L’autonomie

Une des premières questions est de savoir si l’autonomie de l’enfant est retardée par l’allaitement prolongé. Mais qu’est-ce que l’autonomie ? Comment se développe-t-elle ? L’autonomie est une capacité qui se développe au fil du temps durant toute l’enfance, voire à l’âge adulte encore. L’autonomie se développe au fur et à mesure que la personne acquiert des compétences, une sécurité affective et une confiance en ses capacités. En quoi l’allaitement viendrait entraver cette marche (et non course !) vers l’autonomie ? Il vient plutôt participer à augmenter la confiance, la sécurité affective et donc favoriser une plus grande autonomie. Pourquoi l’allaitement participerait à augmenter la confiance jusqu’à un certain âge et qu’ensuite il serait nuisible ?

 

Le sommeil

Dans cette quête de l’autonomie, une autre question est soulevée : l’allaitement prolongé ne retarde-t-il pas le sommeil « autonome » de l’enfant ? Les écoles de pensée à ce sujet sont très variables. Les mêmes questions soulevées précédemment s’appliquent ici.

Regardons la question sous un autre angle. La physiologie de l’allaitement fait en sorte que les tétées de nuit sont importantes pour maintenir une bonne production et ce, à long terme. En effet, nous savons que la prolactine est plus sécrétée la nuit. En poussant l’enfant à faire ses nuits complètes (selon nos critères) plus vite, nous interrompons ce phénomène et risquons de voir le sevrage venir plus tôt que voulu. La capacité à faire ses nuits est moins reliée à l’allaitement qu’à d’autres facteurs comme la maturité cérébrale, la sécurité affective et la culture. Mais la réalité fait en sorte que l’allaitement la nuit devient tout un défi quand la mère retourne au travail ou que l’entourage exerce une certaine pression (plus ou moins consciemment) pour que l’enfant fasse ses nuits seul. Encore là, il y a un nouvel équilibre à trouver entre les besoins de l’enfant et ceux de ses parents.

 

Le sevrage

Enfin, sous le même thème de l’autonomie, certains pensent que si le sevrage ne se fait pas avant un certain âge, le bébé ne se sèvrera jamais. Le sevrage débute dès l’introduction des aliments complémentaires, de façon naturelle, sans que la mère ait à changer quoi que ce soit à son allaitement. L’enfant est naturellement enclin à devenir autonome. Le sevrage se fait entre 2 et 7 ans en moyenne, d’un point de vue anthropologique. L’autonomie grandit au fur et à mesure que les besoins en sécurité affective sont répondus. Il est question, encore là, de l’ambivalence entre l’aspect culturel et la physiologie de l’allaitement. La culture est encore beaucoup influencée par la culture du biberon et des préparations commerciales qui ont dominé la culture de l’allaitement les dernières décennies. Il ne faut pas oublier la physiologie. Tant que l’enfant et la mère sont bien dans cette relation d’allaitement, pourquoi arrêter ? C’est encore une question d’équilibre entre culture et physiologie, entre les besoins de l’enfant et ceux des parents.

La décision d’allaiter un bambin se prend rarement en prénatal. Les femmes ne se projettent pas si loin dans leur allaitement. La décision de poursuivre se prend souvent parce que la femme ne voit aucune raison d’arrêter. On ne choisit pas l’allaitement prolongé, on le vit.

 

Le trouble psychologique

Parfois, l’allaitement à long terme laisse penser que la mère a un trouble psychologique voire sexuel et que cela peut en développer un chez l’enfant allaité. C’est une théorie qui se retrouve dans différents courants psychologiques (ou plutôt psychanalytiques) mais qui n’est pas fondée sur la physiologie de l’allaitement.

 

La sécurité affective

Nous pouvons dire que l’allaitement à long terme participe à développer la sécurité affective de l’enfant de façon proportionnelle à la durée de l’allaitement. L’enfant, en vieillissant, rentre dans une période hautement stressante: il explore son environnement, ose s’éloigner de maman pour voir ce qu’il y a au-delà, et découvre la vie sociale par l’introduction en garderie, où il acquiert beaucoup de nouvelles compétences (parler, bouger, s’habiller, etc…). La poursuite de l’allaitement pendant cette période ne fait que rassurer, calmer, consoler et développer ainsi la confiance, la sécurité affective pour pouvoir poursuivre l’exploration et les apprentissages. L’allaitement est loin d’être un obstacle mais plutôt un facteur favorable au développement de l’enfant. Physiologiquement, les hormones participent à cet effet, grâce à la sécrétion de l’ocytocine qui favorise le calme et la saine gestion du stress.

 

Le cerveau

Les bébés humains naissent inachevés. Leur cerveau, leurs systèmes immunitaire et digestif sont immatures à la naissance. Le lait maternel en particulier et l’allaitement de façon générale (en tant que geste) participent au développement de ces systèmes afin qu’ils atteignent une maturité optimale. Ainsi, plus longtemps un enfant est allaité, plus les bienfaits sont grands. Nous parlons ici de l’effet dose-réponse qui existe en allaitement. Il n’existe pas un stade où l’allaitement n’apporte plus rien. En exemple, plus longtemps l’enfant sera allaité, plus ses risques de développer des allergies diminueront et s’il en développe, elles seront moins sévères.

Le cerveau de l’enfant a une croissance fulgurante lors de la première année mais poursuit son développement ensuite à une allure encore impressionnante. Tant que l’enfant est allaité, ce développement sera soutenu pour être optimal.

 

Le système immunitaire

C’est la même chose avec le système immunitaire qui ne sera mature qu’après plusieurs années. Tant que l’enfant est allaité, le lait maternel, par sa composition, vient participer au développement du système et compenser pour ses lacunes selon son stade de développement. Ceci n’est pas négligeable quand on sait qu’un enfant, en explorant son environnement, est en contact avec de multiples nouveaux microbes, que ce soit à la maison, à l’extérieur ou en garderie. L’allaitement maternel lui permet donc d’être moins souvent malade et moins gravement. La meilleure façon de soutenir son système immunitaire est que la maman allaite et/ou passe du temps dans les différents milieux de son enfant. Ainsi, son système à elle développera les anticorps pour les microbes présents et les transmettra via le lait maternel à son enfant. Ce dernier sera alors mieux équipé.

L’effet dose-réponse est aussi valide pour la mère au niveau de la protection qu’apporte l’allaitement. Ainsi, plus longtemps la mère allaitera (et on peut dans ce cas additionner toutes les périodes d’allaitement selon le nombre d’enfants), plus elle sera protégée de certains cancers (du sein, du col, de l’utérus), et contre l’ostéoporose.

 

Le système digestif

Plusieurs pensent qu’à partir du moment que l’enfant mange, le lait maternel ne sert plus à rien, car nous limitons son rôle à la nutrition. Nous venons de voir à quel point c’est faux pour l’attachement, le développement du cerveau et du système immunitaire. Au point de vue nutritionnel, le lait maternel comble encore environ 30% des besoins nutritionnels quotidiens après l’âge d’un an. C’est un atout majeur pour les enfants qui mangent peu. De plus, le lait maternel apporte les enzymes nécessaires pour faciliter la digestion des nouveaux aliments et donc facilite cette étape du développement. Aussi longtemps que l’enfant est allaité, sa flore intestinale reste stable et le protège de plusieurs infections et maladies. Nous réalisons, de plus en plus, l’importance du microbiote pour la santé globale.

 

Le rapport au corps

Autant certaines mères perçoivent l’allaitement prolongé comme une privation de liberté ou se sentent prisonnières de leur corps, d’autres vont au contraire sentir une grande liberté. C’est une question de perception et très individuelle. Parfois, la mère va ressentir le besoin de « récupérer » son corps, de se le réapproprier et donc de prendre une certaine distance avec son bébé.

Dans le même sens, certaines mères perçoivent l’allaitement d’un bambin comme un obstacle à leur relation de couple alors que d’autres n’en feront pas de cas. L’ambivalence entre le sein-sexuel et le sein nourricier peut amener des questionnements et des remises en question quand le bébé vieillit. Certains couples seront créatifs et trouveront une façon de jongler avec les deux rôles, d’autres auront plus de difficultés et seul le sevrage semble alors être une solution. Le soutien est donc important pour franchir ce cap.

 

Le conjoint

Le soutien du conjoint est un des premiers facteurs qui influencera la décision d’allaiter plus longtemps ou pas. Il peut donc être très aidant de parler au père pour répondre à ses questions et lui donner toute l’information nécessaire afin de prendre une décision éclairée.

Selon la façon dont le père se sent plus ou moins « exclu » par sa conjointe, il pourra réagir à l’allaitement pour « récupérer » sa conjointe.

La communication au sein du couple va être très importante pour trouver un terrain d’entente, un équilibre entre l’allaitement (d’un bambin) et la sexualité. Cela ne devrait pas être un sujet tabou et les familles devraient consulter pour trouver de l’aide quand il y a ambivalence. Il existe plusieurs ressources : le CLSC, les sexologues ou les psychologues (consulter les ordres professionnels pour trouver une ressource).

 

Allaitement en public

Si l’allaitement en public soulève parfois des réactions avec un jeune bébé, imaginez avec un bambin ! Cependant, aucune loi n’interdit l’allaitement en public, peu importe l’âge du bébé. Au contraire, certaines lois protègent l’allaitement.

Ainsi, la Charte Canadienne des droits et libertés (articles 15 et 28) protège le droit des femmes d’allaiter en public (en interdisant toute discrimination fondée sur le sexe). Aussi, la Charte des droits et libertés de la personne (articles 4, 10 et 15), du Québec, protège l’allaitement en public en protégeant la dignité des personnes, en interdisant toute distinction ou exclusion fondée sur le sexe et en interdisant toute discrimination qui aurait pour effet d’empêcher une personne d’avoir accès aux lieux publics.

Chaque femme développera ses stratégies pour faire face ou pour éviter de se retrouver dans une situation difficile. En parler avec une marraine d’allaitement peut aider à trouver des moyens de relever ces défis.

 

La pression sociale

De façon plus ou moins évidente, certaines femmes vont sentir une pression pour arrêter l’allaitement. Que ce soit de leur famille, de leurs amis, de leurs collègues ou des médias, la pression peut être là. À force de se faire dire : « tu allaites encore ?! », « quand est-ce que tu comptes arrêter ? », les mères se remettent en question et remettent l’allaitement en question. Le regard des autres est important et a beaucoup de pouvoir sur la femme, sensible au jugement. Le retour au travail met une certaine pression sur les femmes. Même si, au Québec, nous avons la chance d’avoir un an de congé de maternité, le retour au travail